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À la recherche de la « mixité sociale », ce qu’il faut retenir des Rencontres Un Toit Pour Tous

Par Marc Bartoli, président de Territoires (Agence immobilière à vocation sociale d’Un Toit Pour Tous).

Les rencontres Un Toit Pour Tous du 6 février 2025 avaient pour thème : « Mixité sociale et habitat : quels leviers pour les politiques locales ? »

Allons droit au but, la qualité des intervenants réunis comme l’amphi comble de l’IEP ont été la grande réussite de ces rencontres, davantage que l’approche de la « mixité sociale » qui a surtout tiré ce mot valise vers les sujets de la mixité des logements bâtis et de leurs localisations plutôt que du vivre ensemble des habitants dans le concret vivant de leurs diversités.

La mixité sociale dans le modèle français du logement social

La première intervention était celle de Jean-Luc Vidon (Fédération HLM), rappelant que le modèle français HLM est un modèle généraliste, s’agissant d’accueillir non seulement les plus exclus mais aussi les salariés. La mixité sociale est ainsi censée se faire au sein même du parc HLM, mais se faire aussi au sein du territoire, avec les obligations de pourcentages de logements sociaux initiés par la loi SRU (décembre 2000) et ses aménagements successifs. L’introduction récente (Kasbarian, ministre éphémère) de logements intermédiaires dans les objectifs de logements sociaux montre surtout que cette loi SRU dérange.

Le réel d’aujourd’hui, c’est une crise du logement social, avec 2,7 millions de demandes (dont un tiers sont pour mutations) pour 380 000 attributions.

Sur les 2000 communes concernées, la moitié a atteint les objectifs légaux de 20 à 25% de logements sociaux. La hausse des prix de l’immobilier est considérable depuis 20 ans, et la politique gouvernementale a aggravé les difficultés économiques des organismes HLM.

Une ségrégation sociale persistante

Emmanuel Boulanger (Agence d’urbanisme de la région grenobloise) a dressé un tableau de la segmentation territoriale entre les pauvres et les riches, ségrégation sociale qui survit aux politiques locales. Ainsi sur l’ensemble de l’agglomération grenobloise, il y a globalement 15% de ménages pauvres (moins de 1150 euros pour une personne seule, ou moins de 2000 euros pour un couple avec enfant, etc.), mais c’est 22% à Échirolles, 20% à Saint Martin d’Hères, et 54% à l’Arlequin à Grenoble. Les logements sociaux à moins de 5,8 euros le m2, c’est massivement dans les Quartiers politiques de la ville. À Échirolles, avec 37000 habitants dont une grande précarité en QPV, le pourcentage de logements sociaux atteint 38 à 40%.

Les politiques locales face aux défis du logement social

Les maires présents l’ont été pendant toute la durée de ces Rencontres et ont joué pleinement le jeu du débat. Leurs politiques locales doivent faire preuve d’un volontarisme à la mesure des conditions actuelles de constructions de logements sociaux et de leur renchérissement. Ainsi, à Échirolles, selon Amandine Demore, la ville n’aurait plus les moyens aujourd’hui de faire cette longue opération de construction du centre-ville, qui dura 20 ans, comprenant 35% de logements sociaux en évitant une ville dortoir grâce à l’inclusion également de 35% de bâtiments destinés à des activités diverses commerciales, culturelles, bureaux etc. La réhabilitation du village Sud remonte également à la période 2008-2018, concernant 853 logements sociaux des années 1960, avec une mobilisation associative des habitants, et une recherche de mixité sociale incluant l’accession privée à la propriété.

Vers une nouvelle définition de la mixité sociale ?

À Grenoble, malgré 24,9 % de logements sociaux, selon Éric Piolle la ségrégation sociale se fait avant tout par le haut, le séparatisme est d’abord celui des riches. L’objectif premier à ne pas oublier est de réduire, en amont, les inégalités sociales. Devant les difficultés d’accroître suffisamment par la construction l’offre de logements sociaux, il ne faut pas négliger la captation dans le parc privé (il se dit que 3,5% des ménages contrôleraient 50% du parc locatif), en basculant des logements privés en logements sociaux.

À Seyssinet, la municipalité actuelle essaie de remonter la part des logements sociaux, sachant que la situation héritée vaut à la ville des amendes représentant un tiers de son budget de fonctionnement. Guillaume Lissy ajoute toutefois que le plus important à considérer c’est le taux de personnes en difficulté, et non en soi le taux de logements sociaux, tant les temps actuels sont concrètement à ce que des gens démunis vivent en dehors des logements sociaux.

Cette considération conduit à ressentir le besoin de dépasser les politiques locales du logement strictement dit pour s’intéresser à la question de la mixité sociale vue à travers les situations d’habitat et celles et ceux qui les vivent concrètement, bref une mixité sociale qui soit quelque peu incarnée.

Plus inclusive ?

Une militante d’une association de locataires a pu exprimer son irritation face à l’injonction de mixité sociale lorsque celle-ci est un peu « hors sol », témoignant d’une mixité réussie dans son quartier politique de la ville, et opposant cette situation à celle des quartiers riches où il n’y a pas de mixité sociale, celle-ci pouvant même plutôt y être rejetée.

Le temps du débat n’a pas permis pour autant d’aborder plus précisément ce que recouvre aujourd’hui la mixité sociale dans ses expériences, ses réussites comme ses rejets, dans les termes où les vivent et en traitent les habitants au quotidien, comme locataires mais aussi citoyens.

Pourtant, la société et ses habitants des « quartiers » sont quelque peu traversés par des questions qui ont comme noms troubles du voisinage, incivilités, acceptabilité de règles communes, insécurité, narcotrafic etc. autant de sujets actuels qui ont peut-être à voir avec une mixité sociale en mal d’adhésion et de déploiement plus larges.